jeudi 3 février 2011

Libé va « réenchanter la gauche »

Demorand vu par les dessinateurs de Libé

Pour son premier contact avec la rédaction du journal, Nicolas Demorand a exposé son projet, sans entrer dans les détails.

Quand Demorand parle de son « petit plaisir avant de bosser », c’est de Libération qu’il cause. Au huitième étage du siège parisien, celui qui devrait devenir le nouveau patron a esquissé hier matin le nouveau visage du quotidien qu’il veut piloter. « Il faut être le quotidien de référence de la gauche », a-t-il indiqué, comparant son entrée à Libé à un « engagement politique ».

D’entrée de jeu, celui qui a passé treize années en radio et qui officie toujours sur les plateaux télé a raillé son ancienne famille : « les médias audiovisuels sont des médias d’illustration, d’accompagnement ». Et de s’insurger de la « sous-traitance » de l’info pratiquée par les chaines et les radio : « la presse écrite est pillée par l’audiovisuel », a-t-il estimé, n’hésitant pas à soulever le paradoxe d’une « presse en crise qui donne l’impulsion de l’information tous les jours ». L’auditoire apprécie, mais certains n’oublient pas qu’il « ne connaît rien à Libé ni à la presse écrite ».

Face à une rédaction en quête de nouveau chef, après le départ annoncé de Laurent Joffrin, c’est un projet politique que Demorand a présenté durant deux heures. Libération, « c’est un laboratoire intellectuel pour la gauche », dans ce journal doit s’exprimer « la fierté d’être de gauche ». Les socialistes ? Ils sont « hémiplégiques », juge le journaliste, qui déplore qu’il n’y ait « plus de joie de la politique à gauche ». Son idée, « réenchanter la gauche », pas moins. Le plan d’action : il faut que la Une « gueule », et faire un bilan « musclé » du sarkozysme.

Demorand promet d’être « là pour longtemps ». « Je suis un sédentaire de nature », a-t-il expliqué. Reste que son arrivée ne fait pas l’unanimité au sein du quotidien. « Discours tiède », « très attendu », « pas de projet », certains journalistes ne sont pas emballés,  quand d’autres sont sous le charme : « il est passionné, c’est un quadra énergique et bosseur ». Tous regrettent cependant un discours « flou et vague ».  « On ne vote pas sur un projet, on vote sur un feeling », résume une journaliste qui conclut : « on n’a pas vraiment le choix ».

Jean-Charles Guichard

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