mardi 26 avril 2011

A « Désirs d’avenirs », la bataille se joue d’abord sur le web

Capture du site de Désirs d'Avenir Castelnau-Médoc.

Les ségolénistes ont investi internet. Avec leurs bannières écarlates sorties de la préhistoire d’internet, ils mènent la croisade anti-Sarkozy.

Désirs d’avenir Castelnau-Médoc, Côte d’Opale et secteur Boulonnais… Attention les yeux : ça pique. L’internet de l’an 2000 a sa vitrine sur le site militant de Marcel Donneger : « pour tous ceux et celles qui veulent réellement du changement ». En plus de la météo de Wimereux (Pas-de-Calais), cachée en bas à droite sous l’agenda, on y trouve de nombreux échanges, parfois violents, qui témoignent de la vigueur du débat qui agite les soutiens de Ségolène Royal.

Pour une simple histoire de nègre qui écrivait pour le blog « Manche Terre d’Avenir », les camarades règlent leurs comptes. Morceaux choisis du blogger, s’adressant au nègre qui se plaignait de voir ses articles signés par l’administrateur du blog.

« Je viens d’ouvrir un café restaurant, je fais 15h par jour en ce moment, t’imagines bien que j’ai autre chose à foutre depuis 15 jours que de gérer le blog .[…] Tu me traite littéralement de malhonnête alors que tu galérais avec un blog merdeux. »

Et de conclure :

« Tiens conasse (sic), il est supprimé « ton blog » […] Moi qui était contente de t’annoncer mon truc tu m’as pourri la vie ! Conasse ! Gauche caviar ! En fait tu fais partie des enfoirés qui pourri Ségolène, tu avais bien caché ton jeu vieille peau UMP. »

Plus au sud, dans le Médoc, les supporteurs de « Ségo » entendent mener à bien leur « devoir de victoire-Anti Sarko ». Quand en février 2009, le Premier-ministre chinois Wen Jiabao, alors de visite à Londres, avait été la cible d’un jet de chaussure, ils s’emportaient : « attention Sarko tu as déjà goûté à la tarte à la crème (Gloup Gloup), les semelles n’ont pas la même saveur. A bon entendeur… ».

Au procès des criminels du design html, le blog Rose-Rouge aurait peu de chance de s’en sortir. Sur sa page il regroupe les dernières interventions de l’ex-candidate. Si l’on s’en tient aux sites illisibles, il faut noter désirs d’avenir 83 qui comme beaucoup des blogs consacrés à la socialiste, est hebergé sur la plate-forme de blogs over-blog, repère de la ségosphère.

Jean-Charles GUICHARD

mardi 1 mars 2011

Les Etats-Unis positionnent leur flotte autour de Tripoli

Le porte-avion USS Enterprise (US Navy)
Trois semaines après le début de la révolte Libyenne et alors que les exactions sur les populations civiles se poursuivent, Washington renforce sa présence aéronavale aux abords de la Libye.

« Il y a toujours eu des navires de la marine américaine dans la mer méditerranée ». Un conseiller politique à l’ambassade américaine de Paris relativise l’importance des mouvements de la flotte américaine aux abords de Tripoli. Le Pentagone a pourtant indiqué lundi dernier qu’il étudiait « plusieurs plans possibles […] afin d’avoir la flexibilité nécessaire une fois que les décisions auront été prises ». Il faut être prêt à l’usage de la force. Le  porte-avion nucléaire USS Enterprise a abandonné la chasse aux pirates somaliens et croise depuis quelques jours en direction de la Libye, avec d’autres navires de guerre américains. « La prudence requiert qu’ils se rapprochent d’une zone de crise lorsqu’il y a des tensions », explique-t-on à l'ambassade.

L’évacuation des ressortissants américains est « difficile et continue à être problématique », concède le diplomate. « Nous avons fermé notre ambassade et évacué le personnel diplomatique. Dans ce contexte, il est plus prudent d’avoir des éléments militaires de sécurisation à proximité », poursuit-il.

« Nous sommes prêts à intervenir »

A l'ambassade américaine, on n’hésite pas à parler de « crise humanitaire », des dizaines de milliers de personnes cherchent à rejoindre la Tunisie. « Les militaires américains sont très efficaces pour répondre à ce genre de crise. Si le président Obama nous le demande, nous sommes prêts à intervenir. »

Etablir une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Libye est une option envisagée par la communauté internationale. Cette mesure interdirait de fait tout mouvement de l’armée de l’air Libyenne et permettrait aux chasseurs américains de contrôler la zone. Même si à Paris, les diplomates américains disent « ne pas avoir connaissance d’une intervention militaire en préparation », on connaît plus le USS Enterprise et ses chasseurs F-14 pour sa force de frappe militaire que pour ses opérations humanitaires.

Chercher le consensus semble être le principal souci de Washington. « Les Etats-Unis n’ont pas l’intention d’agir unilatéralement, même si toutes les options sont envisageables pour la Libye », estime un diplomate. Isolant un peu plus le régime Libyen, la Cour Pénale Internationale (CPI) a jugé lundi dernier par la voix de son procureur général Luis Moreno-Ocampo que les violences perpétrées par les militaires sur les populations civiles pourraient être qualifiées de « crimes contre l’humanité ».
Jean-Charles Guichard

jeudi 3 février 2011

Libé va « réenchanter la gauche »

Demorand vu par les dessinateurs de Libé

Pour son premier contact avec la rédaction du journal, Nicolas Demorand a exposé son projet, sans entrer dans les détails.

Quand Demorand parle de son « petit plaisir avant de bosser », c’est de Libération qu’il cause. Au huitième étage du siège parisien, celui qui devrait devenir le nouveau patron a esquissé hier matin le nouveau visage du quotidien qu’il veut piloter. « Il faut être le quotidien de référence de la gauche », a-t-il indiqué, comparant son entrée à Libé à un « engagement politique ».

D’entrée de jeu, celui qui a passé treize années en radio et qui officie toujours sur les plateaux télé a raillé son ancienne famille : « les médias audiovisuels sont des médias d’illustration, d’accompagnement ». Et de s’insurger de la « sous-traitance » de l’info pratiquée par les chaines et les radio : « la presse écrite est pillée par l’audiovisuel », a-t-il estimé, n’hésitant pas à soulever le paradoxe d’une « presse en crise qui donne l’impulsion de l’information tous les jours ». L’auditoire apprécie, mais certains n’oublient pas qu’il « ne connaît rien à Libé ni à la presse écrite ».

Face à une rédaction en quête de nouveau chef, après le départ annoncé de Laurent Joffrin, c’est un projet politique que Demorand a présenté durant deux heures. Libération, « c’est un laboratoire intellectuel pour la gauche », dans ce journal doit s’exprimer « la fierté d’être de gauche ». Les socialistes ? Ils sont « hémiplégiques », juge le journaliste, qui déplore qu’il n’y ait « plus de joie de la politique à gauche ». Son idée, « réenchanter la gauche », pas moins. Le plan d’action : il faut que la Une « gueule », et faire un bilan « musclé » du sarkozysme.

Demorand promet d’être « là pour longtemps ». « Je suis un sédentaire de nature », a-t-il expliqué. Reste que son arrivée ne fait pas l’unanimité au sein du quotidien. « Discours tiède », « très attendu », « pas de projet », certains journalistes ne sont pas emballés,  quand d’autres sont sous le charme : « il est passionné, c’est un quadra énergique et bosseur ». Tous regrettent cependant un discours « flou et vague ».  « On ne vote pas sur un projet, on vote sur un feeling », résume une journaliste qui conclut : « on n’a pas vraiment le choix ».

Jean-Charles Guichard

mercredi 2 février 2011

Google débarque sur les toiles

Dans Google Art Project, la Galerie des Offices, à Florence.


Avec son nouveau service « Art Project », Google offre la visite virtuelle de 17 musées internationaux, non sans arrière pensées.

Panorama grandeur nature. Mis en ligne en début de semaine, le nouveau service de Google permet aux internautes de passer du château de Versailles au Museum of Modern Arts (MoMA) de New York en quelques clics. L’immersion est totale. A l’image de son service de navigation dans la rue «Google Street View », qui permet de se balader virtuellement dans les grandes villes,  « Art Project » invite à la visite des grands musées.

Pixels. Toutes les œuvres ne sont pas numérisées. Impossible de visiter toutes les salles de l’Hermitage de Saint-Pétersbourg ou du Rijksmuseum d’Amsterdam : l’entreprise a sélectionné un millier d’œuvres pour le lancement. Mieux, chaque musée a sélectionné un tableau numérisé à une résolution de 14 milliards de pixels, ce qui permet de distinguer les moindres détails de la toile. Sur les autres numérisations, « 7 milliards de pixels » par image en moyenne s’est félicité Amit Sood, chef du projet, lors d’une présentation du projet à Londres, mardi dernier. « Mille fois meilleure qu’une image classique », l’expérience permet de voir des éléments invisibles à l’œil nu, impossibles à saisir lors d’une visite de musée.

Gratos. La méthode Google est simple : « Nous travaillons avec tous ceux qui veulent […] les musées décident des œuvres qu’ils mettent à disposition, du parcours que l’on peut emprunter, des photos que l’on peut prendre » explique Anne-Gabrielle Dauba-Pantanacce, responsable des relations publiques de Google France. L’entreprise « met à disposition une technologie » à un prix défiant toute concurrence. « On fait ça gratuitement, c’est dans la philosophie de Google de rendre la culture et l’information accessibles à tous ». On y croirait presque. Grâce à son procédé, le moteur de recherche acquiert la co-propriété, avec les musées, des copies digitales.

Aspirateur. La firme américaine scanne et numérise à tout va afin de constituer une gigantesque base de données. En mettant à disposition ces œuvres sur son portail « Art Project », l’entreprise peut espérer « aspirer les millions de recherches sur les tableaux », estime un webmaster culturel, pour ensuite «proposer des liens commerciaux, qui sont vendus à prix d’or aux annonceurs publicitaires ».

Pour de nombreux musées, le service offert par Google est une aubaine. Le musée des Beaux-Arts de Lyon abrite une collection de 70 000 œuvres. La numérisation de ce patrimoine fait partie de la mission de service public de l’établissement. A raison de 90 euros par tableau photographié, la sauvegarde de la totalité des œuvres, qui nécessite un budget monstre, sera terminée d’ici 40 ans. « Je suis tombé sur ‘ArtProject’ hier et j’étais vert, c’est impressionnant », confie un responsable lyonnais, déçu que Google n’ait pas approché le musée.

Patrimoine. A Versailles, « c’est une opération gagnant-gagnant », se réjouit Denis Berthomier, administrateur général du château. Pour l’administration, gestionnaire d’œuvres tombées dans le domaine public depuis longtemps, l’accord passé avec Google permet de numériser et de donner une visibilité au patrimoine français à moindre coût. « On est très désireux de continuer », poursuit l’administrateur, fier d’être « le seul musée français du projet, aux côtés de grandes institutions européennes ». Tate Britain et National Gallery à Londres, musée Thyssen de Madrid, les grands musées européens ne se sont pas fait prier.

Reste un grand absent, le musée du Louvre. On y murmure que le plus grand musée de France n’est « pas intéressé ». Des sollicitations comme ça, « on en a souvent », dit-on là-bas. Le musée n’a « pas de regrets » d’avoir décliné l’offre du californien, « pas opportune pour le moment ». Une piste peut-être, le Louvre prépare un nouveau site internet. Made in France.

Jean-Charles Guichard